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Souveraineté culturelle : le REFRAIN appelle à une réflexion urgente sur le financement public à la suite des révélations de l'émission « Enquête »

6 février 2026

STE-THÉRÈSE, le 5 février 2026 - À la suite des révélations diffusées jeudi soir à l’émission Enquête concernant l’emprise croissante de la multinationale américaine Live Nation sur l’écosystème culturel québécois, le Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN) réitère l’urgence d’agir afin de protéger la souveraineté culturelle du Québec et constate que les enjeux mis en lumière par le reportage rejoignent des préoccupations profondes et largement partagées au sein des organismes culturels québécois.

Opacité et bâillon dans l’écosystème culturel

Le milieu culturel québécois ne pouvait plus se permettre de demeurer silencieux face à la concentration du pouvoir exercée par une multinationale multimilliardaire qui contrôle aujourd’hui une part significative des maillons de la chaîne du spectacle : production, diffusion, promotion, agences d’artistes, commandites et billetterie.

Cette intégration verticale confère à Live Nation des leviers financiers, un quasi-monopole et un pouvoir de négociation considérables, créant un climat où plusieurs acteurs hésitent à dénoncer certaines pratiques, par crainte de représailles ou d’exclusion d’un marché devenu hautement concentré. Cette position contraint d’ailleurs certains diffuseurs indépendants et municipalités à collaborer avec ce géant. Déjà sous pression, ces derniers doivent alors faire face à des frais supplémentaires, des charges excessives, des pénalités et/ou des restrictions commerciales, ce qui génère des revenus accrus pour les filiales de Live Nation, en plus de leur accès aux fonds publics via les OBNL adossées au groupe.

Marie-Maude Denis, animatrice et journaliste de l'enquête, rencontre l’ex-procureur général adjoint des États-Unis à propos des poursuites majeures du département de la Justice, accusant la multinationale de pratiques anticoncurrentielles, et se pose la question: Est-ce que Live Nation est en train de reproduire son modèle chez nous, avec notre argent public, aux dépens de notre culture?

Financer les géants, fragiliser les indépendants

La position du REFRAIN est claire : la culture n’est pas une marchandise. Elle constitue le pilier de notre identité collective, de notre vitalité régionale et de notre capacité à raconter nos propres histoires. La souveraineté culturelle ne se résume pas qu’à des parts de marché, elle s’incarne dans l’esprit de communauté du Festif! à Baie-Saint-Paul, dans la couleur unique de La Noce à Saguenay, dans l’effervescence du Festival BD à Montréal ou encore dans l’imaginaire de Frissons à Mascouche. Les fonds publics devraient encourager notre identité collective et ces événements qui font battre le cœur de nos régions.

Certaines structures culturelles indépendantes peinent à garder la tête hors de l’eau, au point de devoir recourir au sociofinancement ou à des campagnes de dons. Faute de moyens pour poursuivre l'aventure, certains ont dû éteindre les projecteurs, tandis que d'autres sont menacés d’extinction. Pendant ce temps, des millions de dollars sont accordés à des grands événements liés à Live Nation ou à des OBNL qui lui sont adossés. Ces montants ne servent pas leur survie, mais agissent comme une prime à la notoriété.

Le contraste est frappant : une coupure de quelques dizaines de milliers de dollars peut passer inaperçue pour un grand festival, alors que cette même somme peut mettre en péril ou faire disparaître un festival ou une salle indépendante, surtout à l'extérieur des grands centres, où ils sont parfois les seuls diffuseurs.

L’unicité de notre culture et son indépendance créative, elles, ont besoin de cet appui pour continuer à exister. Il est temps que les fonds publics du Québec et du Canada soient d’abord consacrés aux besoins réels de notre culture et de nos organisations locales. Rééquilibrer l’attribution des subventions pourrait, assurer la survie de la culture indépendante et soutenir l’impact sur tout le territoire.

Appel à une révision des mécanismes de financement

Le REFRAIN appelle donc à une réflexion urgente et une refonte des critères d’attribution du financement public, afin de garantir la pérennité d’un paysage culturel diversifié et indépendant. Nous demandons au gouvernement de :

Rééquilibrer l’attribution des subventions et modifier la législation pour encadrer plus strictement l’utilisation des fonds remis aux OBNL, afin qu’ils servent directement l’économie et l’écosystème culturel local.

Ajuster l'aide financière selon les besoins réels en culture et en tourisme des organismes sur le terrain.

Reprendre le contrôle des infrastructures stratégiques, notamment en matière de billetterie, afin que les revenus générés par la culture québécoise demeurent au Québec et profitent à sa propre économie.

Se lever pour protéger la souveraineté culturelle du Québec demande du courage.

Pour que nos histoires continuent de résonner, nous devons exiger des choix politiques cohérents.

Le temps est venu de les faire.


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